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Portrait et Podcast - A Pleines Mains

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Portrait et Podcast - A Pleines Mains

Solène Le Roux

Quand j’ai rencontré Alice et découvert sa marque A Pleines Mains à La Grande Mercerie l’année dernière, j’ai été tout de suite frappée par son univers de couleurs chaudes, de belles palettes naturelles et de fils de caractère.

J’ai eu l’occasion de tricoter sa base Ariégeoise Fingering dans une belle couleur teinte à partir de cachou et lac, pour créer le Châle Pieris de la Collection Terroir. C’était important pour moi, dans cette démarche de redécouverte des laines locales, de parler aussi du rôle des teinturières comme Alice qui s’efforcent d’aller chercher ces belles laines, de travailler avec les producteurs pour pouvoir créer de superbes laines naturelles, locales, et teintes à la main !

A l’occasion de la sortie du Châle Pieris, j’ai interviewé Alice pour un podcast spécial Histoire du Terroir. On y discute de laines naturelles locales, des différentes fibres et matières, des démarches de revalorisations. Elle nous parle aussi avec beaucoup de passion de son processus de teinture, des enjeux de la teinture naturelle. J’espère que ça vous plaira !

L’idée pour Alice, derrière la marque A Pleines Mains, est de proposer des fils les plus naturels possibles en faisant attention à la sélection des fils pour faire redécouvrir des laines naturelles locales, et en faisant attention aussi aux modes de teinture. L’idée est d’être le plus respectueux possible de l’environnement, mais aussi des éleveurs et personnes qui produisent le fil, et enfin des personnes qui tricotent pour qu’elles puissent tricoter des ouvrages à la fois durables et beaux.

Dans sa recherche de fils à teindre, elle privilégie les fils français et naturels, avec quelques petites exceptions comme le Bluefaced Leicester, son mouton préféré, qui vient d’Angleterre et le fil à chaussettes en superwash car elle n’a pas encore trouvé d’alternative satisfaisante en France.

Pour sa base Ariégeoise, avec laquelle j’ai tricoté le châle Pieris, elle se fournit chez Laines Paysannes, une initiative locale de revalorisation de laine naturelle locale, réalisée en circuit court en Ariège.

“Ce que j'ai beaucoup aimé, en plus de cette démarche de circuit court, c'est que chez Laines Paysannes, il y a plusieurs couleurs de fil. Il y a un fil blanc, un fils beige, un fils gris et ces nuances de fils permettent d'obtenir de la profondeur dans les couleurs. Ça donne une vie supplémentaire à des couleurs naturelles déjà assez vivantes et très subtiles.”

Ce qu’Alice aime dans la teinture naturelle, c’est l’expérimentation.

“Ce qui est difficile avec moi, c'est que souvent je fais des bains uniques, c'est un peu les surprises de la marmite ! J'essaie toujours d'aller jusqu'à l'épuisement de la couleur dans les bains pour pour ne pas gaspiller de matières premières parce que c’est le but, quand on est dans une démarche consciente.”

Le processus de teinture naturelle commence par le mordançage des écheveaux, qui prépare les fibres à recevoir la teinture en les faisant tremper dans de l’eau avec généralement de l’alun et de la crème de tarte. C’est une étape supplémentaire par rapport à la teinture chimique, qui nécessite un bain supplémentaire, du temps et de l’organisation car Alice réalise son mordançage à froid en laissant ses écheveaux plusieurs jours pour faire des économies d’énergie. Après le mordançage, les écheveaux sont rincés une première fois.

Puis, il faut préparer la teinture : “Il faut faire une décoction comme on ferait une énorme tisane. On met ses plantes, on met de l'eau, on fait chauffer jusqu'à une certaine température suivant les plantes et puis ensuite on filtre pour récupérer la couleur et on met les plantes de côté. Souvent on peut obtenir une deuxième décoction pour obtenir un deuxième bain qui sera moins intense mais ça permet aussi d'épuiser la couleur dans les plantes”.

C’est dans ce bain filtré que les écheveaux sont plongés pour l’étape de la teinture en elle-même qui se fait avec cuisson, à des températures différentes selon les plantes. Ensuite, il faut attendre le refroidissement, rincer, laver pour stabiliser les couleurs puis rincer de nouveau pour bien enlever les derniers débris de teinture.

Tout le plaisir de la teinture naturelle, pour Alice, c’est de pouvoir tremper les écheveaux dans plusieurs bains, pour réaliser, avec seulement quelques bains de couleurs différentes et peu de matière, une large palette de couleurs.

“Une fois qu'on a fait un jaune, le faire tremper dans le bleu ou quand on a fait un rose, le faire tremper dans le jaune pour qu'il devienne orange et enfin pouvoir s'amuser, jouer, et pouvoir éventuellement même faire des nuances après : un petit peu de sulfate de fer, un petit peu de bicarbonate de soude, un petit peu de cristaux de soude et hop !”

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Ses teintures, elles les fait le plus souvent dans son atelier parisien, mais ce qu’elle aime beaucoup, ce sont ces moments où elle a l’occasion de teindre dans la nature, que ce soit en Bretagne ou dans l’Aveyron chez une amie qui l’a initiée à la teinture naturelle.

“Le fait d'être dans la nature créé une sorte de connexion avec l'environnement. Et ce qui est intéressant, quand on est à la campagne, c'est qu'on peut aller collecter des plantes sauvages. C'est assez merveilleux parce que du coup on a l'impression de teindre avec le paysage et ça c'est très amusant. C'est aussi une façon de garder un souvenir d'un moment parce qu’on peut se souvenir de cette balade, de cette journée où il faisait beau. Il y a une espèce de côté mémoriel qui est très touchant.”

Ce qu’elle trouve formidable aussi, dans la teinture naturelle, c’est que les couleurs ont des odeurs.

“Chaque couleur a une odeur différente puisque chaque plante, quand on fait la décoction, a une odeur différente. Et ça c'est assez fabuleux, une fois que tu as repéré l'odeur de telle ou telle plante c'est comme si la couleur elle-même avait une odeur. On rentre dans l'atelier et on se dit : Tiens, ça sent la garance, ça sent la rhubarbe, ça sent la gaude ! Alors il y a des odeurs plus ou moins agréables. Pour moi la garance et la rhubarbe c'est le top, ça sent très bon. Un bain d'indigo qui fonctionne bien ça a aussi une odeur très particulière qui je pense pour quelqu'un qui ne sait pas que c'est un bain d'indigo qui va donner un très beau bleu n'est pas forcément très agréable mais pour moi, quand je sens cette odeur, je me dis : Yes ça va bien marcher !”

Par rapport aux laines superwash, les laines naturelles ont des qualités différentes qui prennent différemment la teinture. Si les laines cardées ont, comme le mérinos, un rendu plus mat, d’autres laines comme le BFL ont un rendu très lustré.

“D'une fibre à l'autre on va avoir du lustre de l'élasticité de la résistance, donc c'est très chouette. Mon objectif est de continuer à travailler avec des productions locales dans la mesure du possible. J'ai très envie de continuer à faire des collaborations avec des éleveurs qui ont des coopératives et de pouvoir travailler à chaque fois une fibre locale.”

Plus elle travaille avec des laines naturelles réalisés en circuit court, plus Alice a cette envie de s’investir dans cette filière et de soutenir le renouveau de la filière laine française. De mon côté, j’ai hâte de voir les prochains fils qu’elle va nous faire découvrir, parés de ses belles couleurs naturelles ! En attendant, je vous conseille vivement la base Ariégeoise qui est un délice avec son côté sec et extrêmement léger pour tricoter le Châle Pieris !

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